Une belle chronique de « Qui a tué Heidi ? » sur le blog cathjack.

Auteur : Ecrivain suisse, Marc Voltenauer est né en 1973 à Genève, d’une mère suédoise et d’un père allemand et a vécu à Versoix, au bord du Léman, les vingt premières années de sa vie. Enfant, il est partagé entre sa passion pour le foot et son attrait pour une carrière de pasteur, peut-être pour suivre les traces de son grand-père, évêque au sein de l’église luthérienne de Suède. Après des études de Théologie à l’Université de Genève, Marc Voltenauer s’engage comme Secrétaire général des Unions Chrétiennes de Genève et opte ensuite pour un poste dans les ressources humaines au sein d’une banque. C’est suite à un voyage autour du monde qu’il décide de se mettre à l’écriture, et trouve à son retour son inspiration dans le pittoresque village montagnard de Gryon. Grand amateur de films et de romans policiers, il se dirige tout naturellement vers le polar.

2ème roman de cet auteur mettant en scène l’Inspecteur Andreas Auer après « Le Dragon du Muveran » paru en 2016.

Résumé : « Heidi gisait dans une mare de sang, la gorge tranchée… Soudain, depuis le sommet d’un nuage orageux, un sillon lumineux fendit le ciel et un éclair s’écrasa sur la crête du Grand Muveran. »

Un politicien abattu à l’Opéra de Berlin, un tueur à gages en mission à Gryon, des fantasmes meurtriers dans le secret d’une chambre…L’inspecteur Auer reprend du service. Il entraîne Mikaël, son compagnon, dans un voyage sans retour, au plus noir de l’âme humaine.

Après le succès du Dragon du Muveran, le nouveau polar glaçant de Marc Voltenauer, au cœur des Alpes vaudoises.

 

Mon avis : Et bien il ne me reste plus qu’à lire le précédent ! Bonne nouvelle, il est disponible en poche ! Auteur suisse, certes, mais l’influence suédoise est passée par là. J’ai bien aimé la construction de ce roman, avec plusieurs enquêtes et des fausses pistes.
Bienvenue en terre vaudoise, dans les Alpes et les alpages, dans le monde agricole, avec ses traditions culturelles ! Avec pour lieu principal le village de Gryon, qui est de fait l’un des personnages de l’histoire. Un petit village où tout le monde se connaît, s’épie, s’envie… avec des secrets, des rancunes… On y découvre la vie quotidienne dans un village de montagne, avec le bistrot point de rencontre, les agriculteurs, les jeunes, et l’un des problèmes bien réels de ces merveilleux endroits : la promotion immobilière, les investisseurs ( la présence étrangère et en particulier la présence russe est bien réelle) qui rachètent les alpages pour les transformer en complexes de luxe, le souci de la population indigène de ne pas dénaturer les sites pour le profit de quelques-uns, la corruption, les chantiers bloqués…
Le couple d’enquêteurs est de fait un duo gay composé d’un inspecteur de police, Andreas Auer et d’un journaliste ; ensemble ils vont tenter de résoudre l’enquête – ou plutôt les intrigues car plusieurs histoires s’entremêlent – et cela permet un dialogue entre eux en plus des rapports entre les policiers.
En plus des enquêtes l’auteur évoque plusieurs sujets existentiels : les thèmes de la morale, de la culpabilité, de la vengeance, de l’homosexualité, du manque de la mère.
Nous allons nous retrouver avec des tueurs à personnalités multiples qui ont tous des failles : le tueur professionnel Litso ice (« Visage de glace ») qui  lâche prise et s’humanise par moments, la pasteure qui était semble-il mêlée de près à l’intrigue du roman précédent,  le jeune psychopathe, «l’homme qui s’enivrait du parfum de sa mère», torturé, psychologiquement dérangé depuis l’enfance … Au final beaucoup de personnes traumatisées et des rapports parents-enfants qui expliquent beaucoup de choses.
Je me dis que c’est le deuxième auteur qui a quitté la théologie que je lis (le premier étant Victor del Arbol) et que dans les deux cas les personnages sont extrêmement complexes et humains, conditionnés par leur passé. Et heureusement que ma Maman ( qui portait Shalimar) n’était pas aussi castratrice 😉

 

Extraits :

Il s’imagina dans un de ces jardins luxuriants avec des fontaines jaillissantes et des fleurs odorantes. Des roses. Des iris. Du jasmin. Puis la douceur onctueuse de la vanille, cette note de fond perdurait plusieurs jours. Il se représenta au milieu de ce paradis perdu, accompagné d’une femme pure, parfaite. Une mère. Celle qu’il convoitait. Celle qu’il traquait avec une amère ferveur. Dans ses rêves comme dans la réalité. Il n’arrivait pas à réconcilier le souvenir de cette mère monstrueuse incapable de donner de l’amour avec la subtilité et la sensualité de son parfum. En sanscrit, Shalimar veut dire la demeure de l’amour. Il l’avait lu sur Internet.

– Tu as déjà vu ces fleurs qui transpercent le bitume ?
– Oui. Bien sûr. Pourquoi ?
– C’est un processus incroyable. Sous le bitume, une graine est présente. Elle contient tout en elle pour croître. Et un peu d’eau lui suffira pour produire un bourgeon. Pas besoin de lumière à ce stade. Au moment où les réserves nutritives de la graine sont épuisées, la plante aura besoin de soleil. En croissant et se développant, elle fait pression sur le goudron au-dessus d’elle. Ce mécanisme est si puissant qu’il provoque la rupture de l’asphalte. On a beau bétonner tout ce qu’on veut, notre inconscient des ressources insoupçonnées.

Il avait besoin de devenir un autre.
Cet autre qui n’était pas lui.
Cet autre qui était lui.
Lorsqu’il avait fait ce qu’il devait faire, il pouvait redevenir lui-même, ce jeune homme parmi d’autres. Un retour à la normalité.

cathjack